La Danse de Mars et VĂ©nus



   Un homme et sa femme visitent les pays et région dont celle-ci provient; ils entrent dans un temple sublime et imposant, dédié au dieu des catholiques. Ils marchent entre les rangées, parcourant ainsi une audience vide, et là, entourés de beauté, la femme parle :

 

- Il n’est pas par simple innocence que je nous ai menés à l’église de mon enfance. Seigneur mon époux, je ne vous trouve aucune faute, ni en vous ni en notre amour, excepté celle d’avoir si puissamment rejeté Dieu. Épargnez-nous une éternité de son courroux, embrassez le sol de votre genoux, vous en trouverez votre tête bien haute.

 

- Encore et toujours osez-vous prétendre votre assujettissement à plus d’un maître. J’en questionne la puissance de votre amour, que votre nuit puisse aussi aisément poser son baiser sur un autre jour. Trouvez votre dieu, que je puisse périr ou meurtrir.

 

- Oh! La tragédie! Que vous puissiez un instant percevoir notre amour autrement qu’absolu et divin! Vous qui vous inventez la lumière du jour et m’affligez la nuit, jamais ne croirez-vous que vous êtes affligé par la caverne, et que je sois venue vous déchaîner et vous exposer à la vrai lumière? Ne souhaitiez-vous point contempler la pleine complexion de notre amour?

 

- Je regrettais, alors même qu’ils étaient dit, les questionnements terribles auxquelles vous avez eu si grande réponse, je vous veux toute entière et sans distance, seule une rencontre avec les lèvres les plus froides me persuaderais de quitter cette Univers qui est notre. Désirons tout ce que nous devons désirer, étant Mars et Vénus, puissions-nous danser éternellement; mais alors que vous dansez vos regards portent autant sur moi que sur l’étoile vous voisinant; mais alors que je danse mes regards ne portent que sur vous, n’ayant ailleurs que l’abysse, cette abysse ténébreuse peuplée par si grands nombres de dieux incandescents. Dansons, dansons, que notre union produise la Terre, nous ne pourrons jamais que rêver notre distance disparaître, tout de même produisons un point sur la ligne infinie qui nous trouble.

 

- Suradorable époux, maître de toutes mes matières, je ne pose mon regard sur nul autre que vous, et je prie chaque jour pour que vous puissiez poser le votre sur ma forme éclipsant celle du Soleil. Alors peut-être réaliserez-vous que cette si chère danse, cette si chère danse, ne nous a jamais mû bien loin de celui que vous rejetez. Vos distances étant infinies, ne vous doutez donc pas que ma proximité à mon Dieu ne soit en rien justification pour ne jamais l’observer, de la même façons que je puis également observer la terrible obscurité de votre univers?

 

- Vous posez votre regard sur nul autre que votre seigneur votre époux, et faites si bien que vous prenez le soin de regarder la totalité de l’Univers? Ma planète est froide et austère, votre planète est chaude et désirée. Rejetez cette chaleur, dissimulez vos attraits, laissez moi devenir votre jour. Vous n’avez besoin que de votre coeur pour vous garder au chaud sous mon empire.

 

- Dieu n’est pas étoile, nous ne sommes pas planètes. Que vous fait croire qu’un amour absolu pourrait provenir de vous même? Notre amour importe, il importe si bien qu’il nous dépasse vous et moi. Cet amour, ce regard, il est Dieu. Comment pourriez-vous vivre si notre amour n’était pas égal, réciproque et divin? Joignez-moi dans la chaleur lumineuse.

 

- Je dis que je vais appliquer sur vous le plus lumineux de mes baisers, et que nous allons quitter cet endroit sans plus jamais poser ces questions. Il appartient au hommes et aux femmes d’entretenir des souffrances qui leurs sont propres, voilà là une solution tolérante.

 

- Quittons cet endroit en nous serrant la main, encore et toujours séparés par vos distances infinies. Pénétrez moi d’un membre infiniment distant à ses parois, concevons un enfant dont votre donation soit infiniment distante de la mienne, soyons éternellement unis par la chair sans jamais n’être qu’infiniment distant l’un de l’autre, et prétendons que mon Dieu n’est pas votre Univers, que votre amour n’est pas notre amour, et que ces distances infiniment distantes ne sont pas des points contigus dans le cadre de Dieu.

 

   Ils s’embrassent et quittent l’église, main dans la main.


2018-09-04 03:29:35
Renaud Olivier Chouinard