Découverte préhistorique, d'éducation secondaire



   Mon chapeau tricorne était parti de ma tête dans un explosion vombrissante tonitruante. J'avais peur. J'étais effrayé, tétanisé. Je me suis mis à trembler, pénétré par un froid diabolique; l'homme a ma gauche s'était étalé dans une mer de sang, et ce froid s'invitait plus profondémment dans ma chair, mes nerfs. Je ne voulait pas mourrir. Je ne voulait pas mourrir! Je vomissait, sans m'en rendre compte, sur le cadavre encore chaud qui avait été un homme. "Engagez-vous", qu'ils disaient, "Pour le bien de la Nation", qu'ils disaient. J'étais naïf; j'était inconscient; j'avais foi en ce foutu Napoléon. J'avais foi en la France. C'étais un jeu. Qu'ai-je fait? Pourquoi ai-je gâché ma vie? Mon futur? Pourquoi devions-nous mourrir contre ses affreux rouges sans pitié? Pourquoi étais-je en première ligne, pourquoi pas en arrière complètement? Alors que je luttais, réprimais l'envie irrésistible de fuir, de fuir le brouhaha de cris, de fuir ces nuages de poudre, de fuir cet univers affreux rempli de mort et de souffrance; alors; un élan incroyable de lucidité m'est parvenu; la réalisation qu'il était trop tard. J'allais mourrir. Ces champs et collines deviendraient le tombeau de cette chair; il allaient me tuer, ces chiens galeux anglais. Je ne pourrais jamais revoir ni père ni mère ni personne d'autre. Je ne pourrais jamais me marrier. Je ne pourrais jamais voir mes enfants grandir. Jamais plus je ne pourrais respirer l’air de la forêt. Jamais plus je ne pourrais regarder l’automne tomber sur les arbres. Jamais plus je ne pourrais goûter à la vie. Pourquoi? Parce que CES BATÂRDS D’ANGLAIS VONT ME TUER! ILS ONT GACHÉ MA VIE, CES POURRITURES DE DÉMONS! ILS N’ONT AUCUN DROITS SUR CETTE VIE QUI EST MIENNE! ILS N’ONT PAS LE DROIT! ILS N’ONT PAS LE DROIT! ILS N’ONT PAS LE DROIT! D’un mouvement brusque, soundain, je me mis à courrir en hurlant sauvagement ma haine du plus profond de mon être vers ces suppôts de Satan, ces fils de Poséidon, ces répugnantes créatures, ces… rouges. À peine avais-je entendu la clameur de leurs mousquets, à peine avais-je entendu ces hommes qui sont mes compatriotes suivant mes pas dans des ondes sonores d’hurlements semblables aux miens. À peine avais-je entendu le cri de douleur de la première victime de ma baïonette. À peine avais-je entendu celui du deuxième. Puis j’eu le choc de voir mon arme de tout son long dans l’oeil d’un homme. Un homme dont je ne connaissais pas le nom. Un homme qui ne m’avais jamais rien fait. Un homme qui c’était peut-être engagé pour les mêmes raisons que moi. En cet instant l’horreur de mes gestes me frappa. Finalement mon corps immobile dicta à son univers de suivre son pas, et tout devînt néant.


2018-09-04 03:13:56
Renaud Olivier Chouinard