La Fontaine de sang



   Un homme apparaît devant la fontaine, insassiable et insondable. La fontaine, grande gerbeuse de fluides, le laisse poser sa main sur son roc. Ainsi se laisse-t-elle flatter, immobile, pour ce qui ne pourrait qu'être que quelques dizaines de secondes. L'homme est habillé et porte une moustache. Il n'a pas la tête pleine de cheveux. Il est ventru. Ses yeux d'un bleu clair transperce, donnant l'impresssion d'un individu posé imposant. La fontaine est sculptée dans une pierre au nom oublié par le temps. Ses fluides sont largement composés de plasma et d'hémoglobine. Des croutes de sang séché recouvrent une grande partie de la surface de l'aire liquide. L'homme a amené avec lui son goblet. Il remplit le goblet, puis déverse le contenu dans sa gueule béante. Il n'est plus lui même. Il est prêt. Encore.

 

   Les plaines de feu s'étirent dans l'abysse éternelle, tuant ainsi la volonté des immuables. La mort meurt partout et jamais, plus rien ne vie. Univoque dans la destinée, le sang glisse étroitement le long des corridors, fissures de ténèbres et de rédemption. Éternelle, abysse réveillée. Le feu, le feu. Le feu s'étire. Mais il plie. Il brise. Puis s'étire davantage, encore et toujours. Le cycle est créé sans inertie et sans excuse naturaliste. Il ne fait que joindre l'éternel sans être vide.

 

   La lumière existe. Mais comment joindre l'abysse sans être obscure?


2018-09-04 01:13:37
Renaud Olivier Chouinard