Le Musicien aveugle



   Rocher sans terreur dans le lac paisible d'un orage sans cent jambes. S'enjance le fléau meurtri, pour jamais plus inonder dans les pousses de verdure blanche. Présence rèche d'un aveugle des cieux ouvert aux portes de la folie comme de la raison. Il dessine sans lumière, attendant la pluie d'une conscience de douleur. Un mur palpite dans ses coeurs de bronze, et il s'assied dans les tréfonds gigotants et tumultueux de sa fragilité, placée sans ambiguïté au sommet du lac. Ainsi le sonnet débute sa résonnance, murmure raisonant l'abysse à relacher son étreinte. L'orage se propage, comme si divisé par le vide de l'abysse. Et la fragilité palpite. Et la rougeur embrase et fermente et s'exclame, et la bleuteur danse dans la froideur de la cicatrice, un duo de dur labeur, intense, sans restreinte. L'orage inonde, l'orage invoque, l'orage univoque, il traverse sans frontière sinon celle des Trépassés. L'aveugle ouvre un oeil infini sur des vérités impossibles et absolues, dépassant les ténèbres voraces pour toujours. L'oeil se ferme, la fragilité tombe et brise parmis les eaux du lac maintenant inondé de ferveur et d'excitation, et jamais plus le rocher ne sera dévoré par autre chose que les ténèbres, l'abysse, et la corruption. Le silence infernal fracasse et subjugue, absorbant beautées et regrets. À nouveau l'aveugle appel ses coeurs de bronze, et à nouveau le sonnet débute-t-il, cette fois ci peut-être pour transcender même la plus superficielle des insuffisances, un toucher éternel lointain, lointain; cependant même la plus faible des parfaites lumières ne peut éclairer qu'à des distances infinies.


2018-09-04 01:00:11
Renaud Olivier Chouinard